Vente aux enchères d’un A380. Un lot de consolation


Sombre évènement que la mise au placard et le démantèlement de l’A380 MSN13… Entré en service le 23 octobre 2008 et appartenant à la compagnie Emirates, l'appareil a dit adieu aux tarmacs du monde entier le 27 octobre 2020, jour de son dernier vol commercial, un Dubaï-Londres. Il restera pourtant de lui quelques souvenirs, vendus aux enchères du 23 au 25 juin 2022, à Toulouse et en ligne.



Sorte de Rolls-Royce aérienne, le MSN13 était aménagé en trois classes comptant pas moins de 489 sièges et des suites luxueuses réservées aux meilleurs clients d'Emirates. C’est alors dans le Sud-Ouest de la France, à l’aéroport de Tarbes : lieu de stockage de beaucoup de machines aériennes en révision ou bien inutilisées, que l’avion a été mis aux mains de Tarmac Aerosave. C'est une société française réputée comme le leader mondial de la gestion durable de la fin de vie des avions. Habituée à cet exercice, son tout premier projet de démantèlement d’A380 a été lancé en 2019 (pour un avion de la compagnie Singapore Airlines) et grâce à des techniques avancées en matière de démantèlement et de recyclage, près de 90% de l’avion a été récupéré ou recyclé. Cela a aussi permis le renforcement des procédures de sécurité du personnel pendant la phase de démantèlement afin d’accélérer les vitesses et la qualité de démantèlement. C'est alors en 2021 que l’A380 MSN13 a vu la lumière du jour pour la dernière fois avant d’être définitivement démantelé au cours de l’année pendant près de 10 mois.


Une vente bien encadrée

C’est la maison de vente Marc Labarbe qui réalisera la vente, officiée par le commissaire-priseur du même nom. En activité depuis 19 ans et implantée à Toulouse cette société compte une dizaine de salariés. La mise aux enchères se déroulera à Toulouse physiquement et en ligne du 23 au 25 juin 2022. Durant le démantèlement certaines pièces mythique ou esthétique ont été gardées et en tout près de 500 lots seront proposés tels qu’un bar, des lampes, un des escaliers de l’emblématique appareil à deux étages, des trolleys, des sièges, et même la corde de secours du cockpit. C’est l’occasion pour les amateurs de s’offrir un véritable morceau d’histoire à travers des pièces sélectionnées pour leur intérêt technologique et bien souvent esthétique. Les profits de la vente seront reversés à la Fondation Airbus qui finance des actions humanitaires notamment dans les pays en difficulté et à l’association AIRitage qui œuvre pour la protection du patrimoine aéronautique.


Une vente pas totalement nouvelle

Ce type de vente n’est pas totalement nouveau et a souvent attiré les foules, en effet il y a près de 20 ans, avec le repos forcé des Concorde français et anglais, deux ventes aux enchères des pièces des Concorde ont été réalisées le 1er décembre 2003 à Londres par British Airways et dans un même temps, le 15 novembre 2003 par Christie’s à Paris par la compagnie Air France. Un nez de supersonique, deux moteurs Olympus ou encore des roues de train avant ; au total c’est plus de 200 pièces provenant des cinq Concorde de la flotte Air France qui ont été vendues dans la salle des ventes parisienne à des passionnés du supersonique, mais aussi de nombreux musées français ou étrangers. Du côté anglais, celle-ci a également rencontré un franc succès avec plus de 700 acheteurs qui se sont connectés depuis le monde entier. Environ 1 130 000 euros sont récoltés, dont 750 000 sont donnés à l'association Get Kids Going! qui offre aux enfants handicapés et aux jeunes l'occasion de pratiquer du sport.


Construction d'un A380 dans l'usine Jean-Luc Lagardère, hall d’assemblage de l’Airbus A380 (CC0 Domaine public/Pxhere)

Une fin précoce

Avion conçu pour voler 30 ans, le démantèlement pour des raisons économiques de l’A380 intervient 13 ans seulement après sa mise en activité. Le prix du kérosène a eu raison des plus grandes compagnies préférant abandonner leurs modèles très énergivores pour louer des avions plus chers mais beaucoup moins gourmands. De plus les révisions de ces appareils pouvant monter à près de 10 millions d’euros entrainent les compagnies à s’en débarrasser par tous les moyens. Mais faute de repreneur la plupart sont démantelés, seule solution pour récupérer une somme d’argent.



Une vente aux enchères qui fait débat

Tandis que Tarmac Aerosave se félicite d’avoir pu recycler 90 % de l’appareil, la vente elle veut rendre un hommage au Super Jumbo. Véritable coup marketing qui cache en réalité un gaspillage technologique : le démantèlement en chaine d’avions opérationnels afin de tirer un profit maximal d’une carcasse encore fonctionnelle par le reconditionnement et la revente de pièces. Ce projet à l’instar de la vente aux enchères du Concorde veut redorer l’image d’Airbus au moment même où plusieurs dizaines d’A380 finissent démantelés pour des raisons économiques. Ce projet reste cependant une bonne initiative pour tous les collectionneurs et amateurs voulant garder un souvenir de cet appareil mythique.


Arthur DECLERCK, Florian ARNOULD

Pour en savoir plus

Se rendre sur le site Airbus de la vente

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