Débris spatiaux. La goutte de trop

Depuis près de soixante ans, une nouvelle population a vu le jour. Elle vit dans l’orbite géostationnaire de la Terre et fait planer une menace permanente sur les humains. C’est la tribu des débris spatiaux.


Collision du 10 février 2009
Au-dessus de la Sibérie, le point de collision entre les satellites Iridium 33 et Kosmos 2251. (Image : NASA Worldwind et R. Landmann)

Mardi 10 février 2009. Le satellite américain Iridium 33, pesant 560 kg, entre en collision avec un satellite russe hors service, Kosmos 2251, pesant 900 kg, à 790 km d’altitude au-dessus de la Sibérie. Le choc est si puissant qu’il pulvérise les deux satellites et donne naissance à des milliers de composants orbitaux hors d’usage : des débris spatiaux.


C’est ainsi que je suis née, moi, une goutte de peinture issue de la collision. Bien que ma taille soit plus proche du millimètre que du centimètre, je suis considérée par mon créateur, l’Homme, comme un débris spatial au même titre que mes frères. Or, nous autres, les débris spatiaux en orbite, nous nous déplaçons vite, très vite : 7 km/s, 10 km/s… et notre énergie cinétique est extrêmement élevée. Du haut de mon petit millimètre, la mienne équivaut à celle d’une boule de pétanque lancée à 100 km/h.

Nous, les débris, nous sommes définis uniquement par la destruction. Je suis née de la destruction et je ne sers qu’à détruire, et ce jusqu’à ma propre destruction. La seule chose qui pourrait m’arrêter serait d’entrer en collision avec un de mes congénères, ce qui permettrait de répéter le cycle de notre existence.

Détruire est notre raison d’être

Mais l’Homme nous a sûrement créés dans ce but : chaque année, le lancement de 60 à 80 machines humaines dans l’espace introduit de fait jusqu'à 220 objets supplémentaires en orbite. La plupart des nouveaux membres de notre famille résultent de collisions entre ces machines humaines. D’autres sont engendrés par des chocs avec des micrométéorites. Quand on pense qu’une centaine de fragments peuvent naître de la rencontre d’un petit débris avec un gros satellite…

Et notre pouvoir de nuisance contre les êtres humains et leur habitat ne s’arrête pas là :

– nous polluons leur orbite stationnaire ;

– nous provoquons des interférences dans le champ magnétique de leur planète, or ce champ magnétique est pour eux comme un bouclier contre les ondes néfastes pour la vie sur Terre ;

– certains d’entre nous gravitent à basse altitude orbitale et finissent par retomber sur la Terre, ce qui peut causer des accidents plus ou moins graves selon notre taille ;

– notre présence obstrue le champ de vision des observateurs cosmiques ;

– nous sommes une grande menace pour les engins spatiaux comme la Station spatiale internationale et les fusées qui quittent la Terre.


Malgré tout, l’Homme ne fait rien pour nous retirer de l’orbite de sa planète. Il continue d’envoyer des appareils géostationnaires et de contribuer à la création des débris. Il se peut qu’un jour une petite goutte de peinture comme moi entre en collision avec un objet bien plus gros qu’elle et donne naissance à une folle quantité de débris au potentiel de destruction immense…

Peut-être même qu’un jour nous serons plus imposants que la Terre elle-même, et ce jour-là elle deviendra, à son tour, un immense débris.



Pour en savoir plus

Visualiser la pollution en orbite autour de la Terre.

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