L’IA : le pilote de demain ?


       L’intelligence artificielle : un concept abstrait, pas toujours évident à définir. Pourtant, il se développe aujourd’hui de manière exponentielle et pourrait peut-être bien révolutionner notre quotidien dans un futur assez proche.


Mais alors qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

       Le Dr. Thomas GERBAUD est un ingénieur généraliste de Centrale Lyon, ayant réalisé une thèse au CEA. Il possède également une formation en physique et une spécialisation en analyse de signaux expérimentaux. Selon lui, l’IA est « un domaine de recherche et d'ingénierie qui s'occupe de décrire, de comprendre et de reproduire des processus physiques ou biologiques qui ont l'air de faire appel à une forme d'intelligence ». Ceci nous permet ainsi de comprendre de manière un peu plus précise cette notion.


Aujourd’hui, une intelligence artificielle est capable de nous dire le temps qu’il fera ou les étapes pour réaliser votre plat préféré. Mais quels projets pour demain ?


      Alors que la France est longtemps restée en retrait devant les Etats-Unis ou la Chine, la société française Airbus a récemment dévoilé le projet de l’aviation autonome, comprenant l’enjeu que représente l’IA de nos jours. En effet, Tom ENDERS, patron d’Airbus, a récemment déclaré lors de la 4e édition du Paris Air Forum avec Eric SCHMIDT, directeur d’Alphabet (société mère de GOOGLE) que le groupe ne serait pas contre une collaboration visant le développement de nouvelles technologies dans l’aviation et l’aérospatiale. En effet, ils pensent fortement qu’il serait judicieux de s’intéresser plus en détail à l’aviation autonome par exemple. Selon eux, en plus d’être plus sûr, l’avion autonome ferait économiser beaucoup d’argent au niveau de la consommation.


       J’ai demandé l’avis de Jean-Pierre Bru, commandant de bord chez AirFrance, qui définit pour sa part l’IA comme « la capacité d’apprentissage autonome des nouveaux systèmes informatiques à élaborer un raisonnement non programmé ». Selon lui, elle peut être une bénéfique dans l’aéronautique et l’aérospatiale : « [l’IA peut être utile dans] l’aérospatiale dans un premier temps pour les missions d’exploration lointaine puisque celles-ci sont trop longues pour des êtres humains. Et dans l’aviation ensuite avec la participation et l’analyse fine des besoins, en particulier ceux des pilotes de ligne. Cela peut contribuer à l’amélioration de la sécurité des vols ».


De ce fait, l’IA va-t-elle bientôt remplacer nos pilotes ?


      « Je crois que les avions sont déjà quasiment opérés par des algos... Donc oui, ça me paraît possible. Et souhaitable car plus sûr, tant qu'un humain est capable de pallier les défaillances de la machine ou de prendre une décision ardue. ». Selon le Dr GERBAUD, le remplacement des pilotes par l’IA peut donc être bénéfique au domaine de l’aviation en apportant une plus grande sécurité des passagers.


       M. Bru, pense quant à lui que « Cela serait possible, mais l’informatique fiable et robuste n’est pas du tout existante. Nous le constatons en permanence en rebootant nos PC ou smartphones. Idem à bord dans nos avions, et pendant que les ordinateurs sont relancés, ce sont les pilotes humains qui maintiennent la trajectoire. On peut donc imaginer dans un premier temps l’IA en tant que support et surveillance. Et lorsque les systèmes embarqués seront fiables à 100%, l’IA pourra remplacer un des deux pilotes dans quelques décennies peut être. Le problème viendra surtout de l’acceptation des passagers qui ont déjà peur de l’avion avec deux professionnels aux commandes, alors imaginez avec un seul accompagné d’une IA ? ». M. Bru continue en expliquant qu’il est prêt à travailler avec une IA puisqu’il est déjà habitué à travailler avec des automatismes. Il ajoute même que « l’IA sera sans doute un progrès aux services de l’humain, qui lui, sera toujours responsable de la mission ».


Mais dans le cas où l’avion aurait une défaillance de la machine causant un accident et entrainant la mort d’humains, qui serait considéré comme étant le responsable ?


     Le Dr. GERBAUD répond « [qu’]établir la responsabilité sera probablement un casse-tête juridique. Aucune idée. Je suppose qu'elle portera sur l'entreprise prestataire... [Ce serait une situation] complexe. » Un autre domaine de l’IA non résolu pour le moment qui pose un problème au sein du monde scientifique…


Mais quelles sont donc les limites de l’IA ?


    Cette question divise énormément et pose débat. La plupart de la communauté scientifique est convaincue que l’on ne peut pas encore connaître ses limites. Elle pense que l’IA d’aujourd’hui est encore au stade alpha, elle est dite « faible ». D’autres voient en l’intelligence artificielle une menace, une machine qui pourrait être capable de dépasser l’intelligence humaine. Elle présenterait donc un danger comme ce sont amusés à le montrer les nombreux films apocalyptiques au début des années 2000 avec par exemple Terminator ou encore Matrix. Cependant, de nombreux scientifiques s’accordent sur le fait que l’IA ne peut pas évoluer seule de manière dangereuse car elle n’a pas conscience d’elle-même. Ils s’accordent aussi sur le fait que plus un système s’agrandit, plus il est friable, l’IA risque donc probablement de devenir friable d’ici peu.


     Le Dr GERBAUD pense, quant à lui, que « L’IA actuelle est une IA faible. Une grosse calculette un peu moins idiote... Efficace mais sans aucune forme d'autonomie ou de réflexion. Elle est un outil, ni bon, ni mauvais, seuls les usages le sont. Les limites sont donc nombreuses. Attendons le prochain hiver de l'IA pour le savoir. »


    Et selon le commandant de bord Bru, l’une des limites est qu’ « actuellement, les automatismes n’ont pas la même capacité, en particulier en conditions météorologiques complexes à changement rapide, comme par exemples les orages. Il faudra une certaine révolution intellectuelle pour accepter l’IA dans nos vies. Mais ceci ne posera pas de problème dans un milieu professionnel tel que l’aérospatiale ou l’aéronautique puisque nous utilisons par exemple le régulateur de vitesse dans nos avions depuis 50 ans. »


          Vous l’avez compris, l’IA semble donc avoir de l’avenir, même si elle reste une notion encore trop vague et abstraite qui a besoin de précision. Selon David HANSON, PDG de Hanson Robotics : « L’âge d’or des androïdes vivant est devant nous ». Cependant, les récents accidents concernant certains 737 Max 8 de Boeing (voir article citée juste en dessous), suite au manque de contrôle des défaillances algorithmiques sèment le doute.


« L’INFORMATIQUE FIABLE ET ROBUSTE N’EST PAS DU TOUT EXISTANTE » J.-P. BRU



Bibliographie et articles relatifs au sujet qui peuvent vous intéresser :
- latribune.fr. "Paris Air Forum : Le Face-à-face Airbus-google Avec Tom Enders Et Eric Schmidt". latribune.fr. Web. 16/06/2017. Consulté le 08/10/2018/. <https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/debats-entretiens-suivez-en-direct-le-paris-air-forum-740394.html>

- Atul Gawande. "Why Doctors Hate Their Computers". newyorker.com. Web. 05/11/2018. Consulté le 11/12/2018.

<https://www.newyorker.com/magazine/2018/11/12/why-doctors-hate-their-computers>

- Melaie Mitchell. "Artificial Intelligence Hits the Barrier Of Meaning". nytimes.com. Web. 05/11/2018. Consulté le 11/12/2018.

<https://www.nytimes.com/2018/11/05/opinion/artificial-intelligence-machine-learning.html>

- Jack Nicas, Natalie Kitroef, -David Gelles, James Glan. "Boeing Built Deadly Assumptions Into 737 Max, Blind To a Late Design Change". nytimes.com. Web. 01/06/2019. Consulté le 07/06/2019.

<https://www.nytimes.com/2019/06/01/business/boeing-737-max-crash.html?action=click&module=Top+Stories&pgtype=Homepage>

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