Mission insight : Un an après le lancement

L’atterrisseur Insight, acronyme d’Interior Exploration using Seismic Investigations, Geodesy and Heat Transfert, s’est posé sur Mars le 26 novembre dernier afin d’accomplir sa mission, mais que savons-nous de cette mission ?


       L’objectif de la mission est d’étudier la structure interne de Mars. Pour cela la sonde a à son bord l’instrument SEIS créé par le Centre National des Études Spatiales ainsi que d’autres instruments comme HP3 et RISE. Cette mission qui met en partenariat le CNES, la NASA et le DLR permettrait de comprendre comment l’évolution des corps rocheux, donne naissance à des planètes. Tout en creusant plus profondément que les précédentes missions dans le sol de la planète, jusqu’à 5 mètres.


A quel stade en est la mission aujourd’hui ?


       La sonde a été lancée le 5 mai 2018 depuis le centre de lancement de Vadenberg en Californie ce qui diffère des lancements habituels qui ont toujours lieu à la base de Cap Canaveral. Après 7 ans de construction et 7 mois de croisière la sonde a atterri le 26 novembre 2018 non sans encombre, effectivement « 7 minutes de terreur » ont frappé nos ingénieurs qui n’ont pu qu’assister impuissants à la périlleuse traversée de la sonde de l’atmosphère martienne et de ses tempêtes de poussières avant de toucher le sol. La fin de la mission est prévue pour 2020 après 720 jours sur le sol martien. Les premiers retours ont eu lieu fin 2018, en effet l’instrument SEIS a pu enregistrer les sons du vent sur la planète rouge, et on attend beaucoup d’autres retours courant de 2019.


Interview d'un chercheur de CNES ayant travaillé sur cette mission


Monsieur Philippe Laudet, chef du projet SEIS au CNES, nous en dis plus sur la mission :

Dans les règles de confidentialité, vous est-il possible de me présenter votre projet, ainsi que vos attentes et vos objectifs ?


       « Le Projet InSight est une mission vers Mars lancée par la NASA. Contrairement aux missions précédentes, elle ne va pas étudier les roches de la surface. Son objectif est de découvrir l’intérieur de la planète. Pour cela il faut déposer sur le sol un sismomètre, capable d’entendre les moindres mouvements du sol à toutes les fréquences (vibrations rapides (hautes fréquences), ou déplacements prenant plusieurs secondes voire minutes (basses fréquences)). Pour cela la NASA a choisi de faire appel à un sismomètre français, car nous sommes très en avance sur ces recherches-là, notamment grâce à l’Institut de Physique du Globe de Paris qui travaille sur les sismomètres planétaires depuis plus de 30 ans.





       Cet instrument va déduire de chaque déplacement détecté, la structure des milieux traversés. Exactement comme une échographie le fait avec des ondes sonores pour le corps humain. Mais cela implique que ce sismomètre soit extrêmement sensible, pour pouvoir détecter le moindre déplacement. Ainsi, les capteurs développés par la France et qui constituent le cœur de l’instrument seront capables de détecter des déplacements de l’ordre de grandeur d’un atome (10-11 mètres).

Nos attentes sont que le sismomètre (jamais réalisé jusqu’ici) fonctionne normalement sur Mars, et fournisse les données attendues pour découvrir la structure intérieure de Mars. »


Qu’est-ce qui ferait de cette mission un succès ?


« Le succès de la mission est en deux étapes :

       D’abord réussir à déployer le sismomètre car c’est une première technologique : Se poser correctement, vérifier que le sismomètre a survécu au décollage, sept mois de voyage et atterrissage, déposer le sismomètre sur le sol avec le bras, vérifier qu’il marche, déposer le bouclier par-dessus… Toutes ces étapes sont des points de panne unique, et peuvent compromettre toute la mission en cas d’échec.

·       Ensuite, une fois déployé correctement, la détection des premiers séismes sera guettée avec fébrilité !»


Cette mission peut-elle être déterminante pour le projet d’un voyage habité sur mars ?


       « Indirectement, en ce sens que connaitre l’activité sismique d’une planète, son climat, et son histoire est toujours utile dans la perspective d’une exploration humaine. »


Le bouclier sera posé très prochainement. Quelles seront les prochaines étapes de votre projet SEIS ?


       «Autour de fin janvier. Nous aurons deux mois de recette du sismomètre. C’est-à-dire étudier les mesures qu’il nous envoie pour comprendre son environnement, et ajuster des paramètres qui nous permettront d’avoir de meilleurs résultats. Une fois cette opération terminée, environ fin mars, les équipes de développement et mise au point du sismomètre auront terminé leur travail, et laisseront les équipes opérationnelles qui suivront le sismomètre pendant toute sa durée de vie, et fourniront les données chaque jour aux sismologues du monde entier. »


Selon vous, après Insight, quels pourraient être les futurs objectifs ?


       « Il faudra déposer un réseau de sismomètres à différents endroits de la surface, afin d’améliorer les performances des mesures sismiques. »


Comment se passe votre collaboration avec la NASA et la fédération DLR ?


       « Très bien. Il a fallu apprendre à se connaître, à se comprendre, mais le respect mutuel s’est imposé. Nous avons également des anglais et des suisses parmi nos partenaires. Au total cinq pays avec quatre monnaies et trois langues différentes, mais un seul objectif : Poser ce sismomètre sur Mars. Les différences se sont très vite gommées face à l’enjeu commun. »




crédit photo : Audrey Moritz,NASA/JPL-Caltech,NASA and the Hubble Heritage Team (STScI/AURA)

Bibliographie et articles relatifs au sujet qui peuvent vous intéresser :

-Insight et SEIS. <https://www.seis-insight.eu/fr/>

-CNES. <https://cnes.fr/fr>

-Entretien réalisé avec Philippe Laudet, 18 janvier 2019

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