Mermoz : un voyage dans le temps



1928, Casablanca, un jeune aviateur rentre dans une des casa longeant l’aéroport. Epuisé par un long vol depuis Dakar, il se sert un verre. Il est heureux d’être arrivé à bon port sans encombre cette fois. Le verre à la main, il s’assied sur un fauteuil avoisinant. Fermant ses yeux, il laisse le sommeil l’envahir.


       Soudain, un bruit le réveille. Un ? Plutôt une multitude de bruits. En effet, un brouhaha se fait entendre. Jean ouvre les yeux, se lève, pour trouver et faire taire la source du bruit. Mais à sa grande surprise, il se rend compte qu’il n’est ni dans sa casa, ni dans sa tenue d’aviateur. Il se trouve dans une maison pittoresque, simple, sans équipement moderne, habillé d’une toge blanche nouée à la ceinture.


       Intrigué, le jeune homme sort de la maison. Il découvre alors une ville changée. Toutes les maisons ressemblent à la sienne, les hommes sont habillés comme lui et les femmes portent de magnifiques robes. Jean se demande ce qu’il lui arrive, mais à peine a-t-il le temps de se questionner, qu’il tombe à terre, percuté par un jeune homme.

Le choc passé, ils se relèvent tous les deux.

« -Bonjour, excusez-moi, je ne regardais pas mon chemin.

-Il n’y a pas de mal. » répond notre aviateur.

De plus en plus étrange, Jean vient de parler et de comprendre une langue qu’il ne connait pas. Non, ce n’est pas du français, ni de l’anglais et ça ne ressemble à aucun dialecte arabe. Mais où est-il tombé ?

Dans un moment de lucidité, Jean ose demander :

« -Excusez-moi, mais où suis-je ?

-A Athènes » l’informe l’homme l’ayant percuté.

S’apprêtant à repartir, ce dernier s’arrête d’un coup et se retourne, intrigué par l’air perdu de Jean.

« Vous n’avez pas l’air bien, étranger. Voulez-vous venir manger chez moi ? Vous repartirez le ventre plein, cela sera mieux pour vous.

-Ce…. Ce n’est pas de refus, bégaye Jean »


       Parcourant les allées d’une Athènes dépolluée de ses voitures, que la rencontre de Jean semble connaître comme sa poche, tellement elle s’y faufile avec agilité, Jean est émerveillé. Il croit être entré dans un de ses manuels d’Histoire qu’il a aimé feuilleter dans son enfance.

Intrigué, son guide lui demande : « Mais d’où viens-tu étranger et qui es-tu ?

-Je suis Jean, Jean Mermoz, pilote chez Latécoère, assurant la liaison Dakar-Casablanca.

-Qu’est-ce qu’un pilote ?

-C’est quelqu’un qui vole dans les cieux.

-Tu voles ? Seuls les dieux peuvent voler. Tu serais donc un dieu ? L’athénien glousse un instant, puis reprend, pour de vrai, d’où viens-tu ?

-Je viens de France, euh de Gaule, se reprend Jean.

-De Gaule, voyez-vous ça ? eh bien mon ami gaulois, nous voilà arrivés chez moi, s’exclame le jeune homme en désignant sa maison.


       Une fois entré dans la maison, le jeune Athénien, présente sa famille à Jean et, s’adressant à sa femme :

«- Notre ami est gaulois. Mais attention, pas n’importe quel gaulois ! Il est un dieu gaulois, il sait voler, finit-il en rigolant.

-Alors comme ça tu sais voler. Qui es-tu ? Hermès, aux sandales ailées ? non tu m’as l’air honnête, alors serais tu Persée ? ou bien aurais-tu réussi à dresser Pégase ?

-Non, non, je ne suis qu’un simple homme, répond Jean, le sourire aux lèvres. Je me suis mal exprimé, je voulais dire que je rêve de voler.

-Ah ! comme je te comprends ! Mon mari et moi-même nous intéressons beaucoup aux travaux de nos philosophes. Particulièrement à ceux sur le ciel, sa création, sa composition. Mais plus que les écrits sur le ciel, ce que je préfère c’est l’admirer le soir ; voir la beauté des étoiles, posées avec tant de délicatesse sur la voute céleste ; admirer la lune si lisse, si parfaite dans son écrin d’éther ; voir la journée le Soleil, astre de la beauté, resplendir. »


       Survient alors son mari, qui, coupant la jeune femme dans son discours invite Jean à table, où il le présente à des amis venus partager le repas avec eux.


       Après un festin délicieux, composé de galettes de blé, accompagnées de divers légumes et de quelques poissons, vient le moment du débat. En effet, le jeune athénien explique à Jean que les athéniens finissent toujours le repas par un débat entre hommes.

Les enfants et les femmes restés si discrets jusque alors sortent donc de table et se retirent. Seul un petit enfant à l’air curieux et qui n’avait pas lâché Jean du regard de tout le repas reste là, caché derrière la porte. Jean voit qu’il le fixe et demande à son hôte qui il est ? Ce dernier lui répond que c’est son fils, et l’invite à aller lui parler.


        Jean se lève donc, et va rejoindre l’enfant, qui, ne lui laissant aucun répit, le questionne :

<<-Mon père m’a dit qui tu étais étranger, mais j’ai du mal à y croire. J’ai vu comme tu étais gêné à l’idée que ma mère et ses amies te servent ; j’ai bien remarqué que manger avec les doigts t’était difficile. Or, je doute qu’en Gaule ce soit différent. Du moins, c’est l’idée que je m’en suis fait après avoir écouté les voyageurs qui en revenaient. Qui es-tu ?

-Il est vrai que je n’ai pas dit toute la vérité. Mais moi-même, je ne comprends pas tout ce qu’il m’arrive.

-Que fais-tu dans ta vie ? Est-ce vrai que tu es marchand ?

-En quelque sorte : je livre des marchandises depuis Casablanca vers Dakar.

-Par bateau ?>>


       Jean se rappelant les paroles de son ami Antoine qui lui avait parlé de la capacité qu’ont les enfants à comprendre les choses, même les plus extraordinaires et comprenant que son jeune interlocuteur ne le lâcherait pas, il se décide à tout lui avouer. Une fois le récit de son aventure fait, l’enfant s’exclame :

<<-Je comprends, tu dois te sentir bien seul loin de tout ton monde.

-Je n’ai pas vraiment eu le temps d’y penser, mais c’est vrai que mes amis vont me manquer si je reste ici.

-Tu sais, quand je suis triste, je regarde le ciel. Que ça soit la nuit et les étoile ou le jour et les nuages, il est si joli. Je peux y passer des heures. Cela me réconforte de mon chagrin. Je m’imagine voyageant d’une planète à une autre, découvrant ce que l’univers à de plus beau. Une nuit je me suis endormi dehors tellement j’avais passé de temps à contempler la Lune.

-Tu devais être vraiment triste cette nuit-là, non ? »


       Mais le petit garçon se tait quelques minutes. Puis soudain il s’exclame :

«- Est-ce que quelqu’un a déjà réussi à aller sur la Lune ? Elle doit être si belle. On dit qu’elle est lisse et parfaite. Cela doit être magnifique de la voir de près.

-Non pas encore, mais tu sais, elle n’est ni lisse ni parfaite, elle est juste un astre tournant autour de la Terre.

-Pour nous les grecs, seuls les dieux volent. Donc seuls eux peuvent voir le ciel et la voute céleste. On raconte bien qu’Icare et Dédale aurait réussi à s’envoler, mais ce ne sont que des mythes et puis même les ailes de Dédale ne permettraient pas de s’envoler si haut.

-Tu sais, mes ailes à moi ne me permettent pas non plus d’aller aussi loin. J’ai déjà du mal à traverser la mer sans encombre, alors la Lune… dit Jean en rigolant.

-Peux-tu me dessiner tes ailes? demande le petit garçon.

- Euh, je ne sais pas dessiner des choses aussi compliquées, désolé.

-S’il te plait ! dessine-moi tes ailes !

-Bon écoute, je vais essayer quelque chose. »


       Jean se rappelant de mémoire ses cartes, dessine ce qui ressemblait à Athènes et sa région et ajoute au-dessus du dessin une croix à deux barres. Tu vois cette croix, là ? ce sont mes ailes et moi, et là c’est ta maison. Ça te va ?

-L’enfant, le visage joyeux, remercie Jean. Vraiment tu en as de la chance, tu fais le plus beau métier du monde. >>

En entendant cette phrase Jean s’évanoui, tout devient noir à ses yeux, et la phrase résonne dans sa tête.


       Quand il peut rouvrir les yeux, il voit Antoine en train de se servir un verre au bar de la casa.

<<-Eh bien ! les vols t’épuisent à ce point ?! Voilà deux heures que tu dors dans ce fauteuil.

Jean, heureux d’être de nouveau chez lui à Casablanca s’exclame :

« - Ah Antoine je suis content de te voir. Laisse-moi le temps de me servir un autre verre et je te raconte mon rêve. J’ai pensé à toi tu sais, à ce que tu m’as dit sur les enfants et leur incroyable intelligence des choses. Eh bien pas plus tard qu’il y a deux minutes je discutais avec un petit garçon qui t’aurais beaucoup intéressé, tu devrais t’en inspirer pour tes prochains livres. »

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